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Coups de coeurs
CHESTERTON Le Napoléon de Notting Hill L'imaginaire, GALLIMARD

Londres, début du siècle...régime despotique aléatoire : le roi est tiré au sort sur une liste alphabétique des habitants. Auberon Quin est un drôle de fonctionnaire qui ne croit qu’au pouvoir de l’humour et de l’absurde, il ne prend jamais rien au sérieux et ses collègues le prennent pour un imbécile un peu fou mais pas bien dangereux.

Mais un jour le hasard le désigne pour gouverner l’Angleterre. La politique et le pouvoir deviennent pour lui un immense terrain de jeux, les habitants sont tenus de s’habiller aux plumes et aux couleurs de leur comté. Le pays prend des allures de jour des fous perpétuel. Le temps passe, le règne dure et la population est de plus en plus lasse et somnolente quand se présente à la cour Adam Wayne, prévôt de Notting Hill. C’est un jeune homme de ceux qui étaient enfant au début du règne d’Auberon Quin, et c'est aussi le plus forcené des admirateurs du roi, plus fou même que celui-ci.

Auberon Quin est seul face à plus absurde que tout ce qu’il aurait pût imaginer : l’absurde pris au sérieux.

Chesterton, sur un ton drôle et grinçant, décrit ce que l’Homme est capable d’inventer de pire et surtout comment il parvient à duper tout le monde. Celui-ci se crée un univers, un dieu avec lequel il s’amuse jusqu’à l’épuisement et conscient que tout ceci n’est qu’un jeu, s’y donne à cœur joie, jusqu’à ce que ses créations prennent corps, lentement, avec le temps qu’il faut pour conforter les choses et les rendre puissantes.
Chesterton remet tout en question et surtout c’est l’Homme et ses croyances qu’il dézingue. L’Homme qui ferme les yeux de lassitude et qui se laisse gouverner. L’absurde devient banal et normal, les systèmes de valeur s’emmêlent et s’enrayent.
Certaines lectures reviennent à l’esprit quand les temps se troublent. Auberon Quin incarne l’absurde qui devient réel; Wayne, le Napoléon de Notting Hill est son fils naturel, sa suite logique :la normalisation et l’accoutumance à cette nouvelle réalité.
Il est temps de s’arrêter, de regarder, de réfléchir et rattraper ce qui nous échappe avant qu’on ne le fasse à notre place. Car si l’absurde est déjà bel et bien là, les esprits ne sont pas encore suffisamment ensommeillés. N’attendons pas un Napoléon furieux pour nous réveiller, il sera bien trop tard.

Caroline Vigner
  N.CHATELÊT, La Tête en bas
SEUIL

Lorsqu’une petite fille sait qu’elle devrait être un garçon. Lorsqu’une mère ne comprend pas et qu’un père ne dit rien. Lorsqu’une amie accepte et soutient.
Lorsqu’un écrivain nous fait toucher la douceur du rêve, du bout des doigts et du bout des lèvres. Mais aussi la violence, la souffrance et la folie avec ces mots justes, sans besoin d’expliquer.
Un livre à ressentir.

 
   

F. PEETERS, Pilules Bleues
ATRABILE

Voici une superbe BD où Frederik Peeters nous parle de sa vie, de l’amour, du SIDA. Une tranche de vie qui ne tombe ni dans le voyeurisme, ni dans le pathos. Bref un pur moment de Bonheur qui fait passer nos petits tracas quotidiens au second plan.

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J.B. POUY, Larchmütz 5632
FOLIO policiers

Momone vit tranquille au fin fond de la Bretagne, jusqu’au jour où Adrien et Benno, les deux hommes de sa vie, sont rappelés par une organisation secrète, en sommeil depuis trente ans. Mais 5632, Momone pour les intimes, n’est rien moins qu’une vache télépathe, et c’est elle qui nous raconte les tribulations de Benno et Adrien à travers l’Europe. En bref, un policier à la JB Pouy et une tranche de la vie d’une vache, qui vous tient en haleine jusqu’à la dernière ligne.

Francine Sergeant
 
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J. GRACQ, La Forme d’une ville
Corti

Julien Gracq, natif du Maine-et-Loire, a pourtant choisi Nantes pour faire ses études et s’installer un temps.
C’est cette ville portuaire que l’écrivain, après de nombreux voyages, a décrit en 1985 dans La Forme d’une ville.
Du Nantes entr’aperçu lorsqu’il était pensionnaire au lycée Clémenceau, il constate, des années plus tard, souvent avec regret, les changements inhérents à toute métropole qui veut se moderniser.

Ce qui fait l’originalité de ce livre, c’est la description très personnelle que Julien Gracq fait de Nantes. La Forme d’une ville n’est pas un guide touristique mais l’attachement d’un homme à une ville qu’il trouve déroutante. Port rappelant selon lui tantôt Paris (la rue de Strasbourg, “percée Haussmanienne”), tantôt l’ambiance madrilène quand les terrasses sont ensoleillées.

Dans son rapport intime à Nantes, Gracq fait ainsi écho au témoignage du surréaliste Breton dans Nadja : “ Nantes : peut-être avec Paris la seule ville de France où j’ai l’impression que peut m’arriver quelque chose qui en vaut la peine, où pour moi la cadence de la vie n’est pas la même qu’ailleurs. ”

Thomas Loussouarn

  M. Riboulet, Quelqu’un s’approche
MAURICE NADEAU

Quelqu’un s’approche : la voix du narrateur nous mène au fin fond de la Creuse, région gorgée de superstitions et qui hanté de sorcières et rebouteux, pour nous présenter la famille de son amant. Il ne faut pas s’y méprendre : il n’est pas ici question de la perception sociale de l’homosexualité, mais de la manière dont un étranger tente de s’insérer dans un groupe. Or l’accès à l’espace de l’autre est un apprentissage aussi géographique qu’humain : “ En quelques heures je saurai où se range le couteau à pain, ce qui se cache derrière le verre dépoli orangé du couloir, qu’il faut prendre garde à la marche et à sa tête en descendant au garage, mais du diable si je parviens à mémoriser le prénom du petit dernier… ”. S’approcher d’autrui se fait donc progressivement, par petites touches : on distingue d’abord des contours, avant de reconnaître une silhouette.

Mais au delà de cette difficulté à tisser des liens avec autrui, c’est la nécessité de conquérir une place au sein d’un groupe qui est le véritable sujet de ce roman. Comment au sein d’une famille la distribution des rôles se joue, et comment ce jeu est parfois faussé ; nul ne tient son rôle, chacun évoluant et se déplaçant sur un échiquier familial aux formes mouvantes.
Quelqu’un s’approche est un roman à l’écriture extrêmement travaillé, portant les traces de la psychanalyse. Son abord, pas toujours facile, vaut pourtant qu’on s’y attarde.

Solène

 
   
Y.M. CLEMENT, Hier, au San Deodoro - GRASSET Jeunesse

D'une sensualité peu courante pour un roman de jeunesse, Hier, au San Deodoro raconte une histoire d'amour. Cette histoire, c’ est celle de Bérénice et de Gordon quand ils avaient 15 ans. Ils se sont aimés, d'un amour absolu. Dans un pays où l'amour et faire l'amour est banal, même à 12 ans. Dans ce pays où les jeunes ont des préservatifs plein les poches mais ne savent pas qu'il faut les utiliser. Dans ce pays où le sida est roi...

C'est aussi l'histoire d'une vie rongée par la culpabilité, celle de Bérénice qui se croit coupable de la mort de ses parents.
Une simple lettre va faire resurgir ses démons et lui permettre de les affronter pour la première fois depuis 15 ans...

Laëtitia Chojnowski

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